Une mauvaise évaluation n'a jamais corrigé une mauvaise performance : l'affirmation selon laquelle « l'Etat, seul coupable qui tue l'initiative et s'acharne fiscalement sur les entrepreneurs » mérite critique. L'Etat n'est pas la cause de tous les maux qui frappent les entrepreneurs français, qui bénéficient tout de même d'un environnement assez protecteur et d'aides publiques somme toute généreuses.
Prenons un exemple. J'entendais un entrepreneur récemment : « J'ai une boîte de 15 personnes, je fais un gros million de CA, je suis rentable sur mon marché A qui représente 80% de mes revenus. J'ai identifié le marché B, j'ai prototypé — avec l'aide de l'Etat qui m'a versé 50.000€ de crédit d'impôt recherche — maintenant, faut y aller : il me faut 2 gars pour produire et 1 commerciale pour vendre, faut que j'embauche. » Après un silence : « Mes vrais problèmes c'est : a) j'ai pas la place de les installer, et b) si ce marché B ne décolle pas tout de suite qu'est-ce que j'en fais de mes 3 collaborateurs, je ne vais pas les virer après tous ces efforts de recrutement et de formation. »
Le vrai problème, pour les entreprises encore petites (effectif de 10 à 50) qui ont du potentiel, c'est la flexibilité. Nous, petites PME qui en voulons, voulons utiliser notre cash-flow ou l'argent levé pour attaquer le marché B, pas pour financer des charges dont la fixité découle directement des rigidités du marché de l'emploi ou de l'immobilier.
Quelques propositions concrètes pour créer les conditions d'une vraie croissance, dans le segment « PME de 10 à 50 personnes qui veut devenir ETI » :
- Une formule de bail flexible avec une garantie de l'Etat pour le bailleur (comme pour les locataires particuliers).
- Une réforme du droit du travail : formule de CDI « flexible à temps plein », assortie d'une période de flexibilité pendant les premiers 6, 12 ou 18 mois, avec péréquation des horaires ou jours travaillés et un abondement de l'Etat si le temps plein n'est pas atteint.
- Repenser la formation professionnelle : impliquer fortement l'intéressé et l'équipe en place plutôt qu'un stage sur catalogue sans lien avec le besoin réel.
On aura compris qu'il ne s'agit pas de remettre en cause la protection des salariés, mais plutôt de lever des freins à une décision lourde qu'est une embauche. Alors cher Gouvernement, faites-nous un choc de flexibilité !
