Temps couvert pour le « cloud » français. Pendant que notre président normal s'extasiait en février dernier auprès d'entrepreneurs français de la Silicon Valley, que notre CNIL nationale décidait sans discernement l'affichage d'avertissements sur le moindre blog qui compilerait quelques statistiques de consultation, et que la NSA se moque des frontières et des citoyens, deux projets concurrents de « cloud computing » français continuent trop discrètement de se tirer dans les pattes : Cloudwatt (porté par Orange et Thalès) et Numergy (poussé par SFR et Bull). Issus d'un appel à projet de l'Etat afin de créer un « cloud souverain », ces deux consortiums comptent comme actionnaire la Caisse des Dépôts.
Or ces projets sont deux facteurs cruciaux de souveraineté et de compétitivité pour la France et pour l'Europe.
Le cloud computing, c'est la migration dans un « nuage » de serveurs distants de tout un tas de services jusqu'ici souvent hébergés localement par les entreprises : ordinateurs, applications, messageries, stockage, bureautique, web, bases de données, chez des prestataires généralement de nationalité américaine, comme par exemple AWS (Amazon).
Mais l'affaire Snowden a introduit une crise de confiance pour les acteurs de l'économie numérique et plus encore pour leurs clients, qui craignent pour la sécurité de leurs transactions et pour la confidentialité des services qu'ils utilisent.
Souveraineté, car l'accord franco-allemand pour un internet européen reste des paroles en l'air. Une plateforme souveraine est cruciale pour développer les services de l'Etat, via des procédures d'appels d'offres ad-hoc, un guichet unique d'achat d'hébergement, un répertoire centralisé et ouvert des éditeurs.
Compétitivité, car la seule carte à jouer est celle du service, et plus exactement celle des spécificités européennes en matière de services. Numergy et Cloudwatt annoncent chacun un objectif de 500 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2016-2017.
C'est de créer un véritable écosystème d'entreprises de services basées sur le Cloud souverain qu'il s'agit — pour les entreprises de taille moyenne qui n'ont pas les moyens d'internaliser des fonctions entières, comme pour les particuliers. Le potentiel pour un écosystème d'éditeurs est sans limite, sur le socle d'une confiance restaurée. Espérons que le gouvernement signe pour ce vrai projet, et signe vite !
