The Internet of Things : l’homme éclaté

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Les fabricants de smartphone ont engagé une course à la puissance : processeurs plus rapides, connectivité accrue … Mais pourquoi au juste ?

Le téléphone, devenu smartphone,  était déjà devenu largement assez puissant pour ses usages stand-alone :  échanger par mail, chat ou réseaux sociaux, visionner une vidéo, jouer… Or Apple vient de doter son dernier modèle d’iPhone 5S d’un microprocesseur (A7) surcalibré pour ces usages.

C’est que le smartphone est en train de devenir un véritable serveur dans la poche en échangeant et en traitant en permanence des données avec les objets qui l’environnent ou avec d’autres serveurs, proches ou distants, voire situés dans le « cloud ». 

De plus en plus d’objets portés sur soi (montre, bracelet Nike, dispositif de suivi médical, vêtements intelligents, Google glasses …), ou placés dans l’environnement immédiat interagissent avec le smartphone : ce sont les objets connectés de la maison (alarme, porte, éclairage, chauffage, …) voire sur le trajet du porteur (accès au métro ou bus, péage routier, panneau publicitaire …). Les données renvoyées au smartphone sont traitées localement par une « app », voire renvoyées par le smartphone, over the air, vers un serveur plus puissant, ou vers… les objets eux-mêmes . Le smartphone devient à la fois unité centrale d’un ensemble de périphériques portables (« wearables ») et mini-serveur d’un réseau ce qui nécessite, au delà de ses fonctions propres de téléphone, de la puissance de communication, de traitement et de stockage.

Par exemple, vous prenez un café avant de rentrer chez vous : à l’approche du Starbuck’s, vous confirmez que vous prenez votre double-ginger-latte habituel, qui est prêt et prépayé lorsque vous parvenez au comptoir. Il fait froid : les fibres de votre blouson s’adaptent. En arrivant, la porte du garage s’ouvre devant votre voiture – enfin, à l’approche de votre smartphone situé dans votre poche. Vous êtes devant la porte d’entrée : la lumière s’allume dans le vestibule, votre thermostat Nest a déjà réchauffé le séjour et la cuisine 20 minutes avant votre arrivée, son serveur cloud ayant localisé votre smartphone progressant sur votre itinéraire habituel grâce à son GPS lorsque vous avez pris le chemin du retour il y a 20 minutes.

Bref, le smartphone coordonne tout un tas d’objets qui fonctionnaient jusqu’ici en stand-alone : une partie de vous-même est « augmentée », ou « déportée » vers votre environnement, et/ou vers des serveurs distants ! Poursuivons : la télé allumée, vous vous déplacez de pièce en pièce : le serveur domotique de la maison vous suit grâce au bluetooth – vous prenez un appel, il baisse le volume de la télévision automatiquement le temps de la communication. Votre compteur électrique intelligent vous signale sur le smartphone que (vos enfants n’étant pas là) vous avez consommé moins d’eau chaude que d’habitude, et vous demande de confirmer qu’il peut baisser le chauffe-eau. Et vous, quelle énergie avez-vous dépensé aujourd’hui? Un petit tour sur l’App associée à votre bracelet (Nike fuel-band)  vous l’indique. Vos invités semblent en retard? Vous êtes amis avec eux sur un réseau social qui reçoit leur localisation, et vous informe dans vos Google glasses de leur heure probable d’arrivée en fonction du trafic – lui-même calculé à distance en fonction de la densité et de la vitesse de la masse de téléphones se trouvant sur une portion de route donnée.

Le porteur est imbriqué dans un réseau de boucles de communication : le smartphone prend en charge des interactions du quotidien en interrogeant les objets environnants ou en recevant des indications déjà traitées depuis les serveurs auxquels ces objets sont connectés. Cela se fait proactivement en détectant un besoin local (ouvrir la porte, allumer la lumière, un vêtement qui s’adapte tout seul), un besoin distant (remonter le chauffage avant votre arrivée), un besoin habituel (votre Starbuck’s) ou ponctuel (baisser la télé lors d’un appel), soit en mode « pull » (à quelle heure arrivent mes invités?), ou en en mode « push » (le compteur intelligent vous demande l’autorisation de s’ajuster), voire sur demande (prendre une photo avec les Google glasses). Et même au delà : les algorithmes associés aux objets communicants vous pousse à adapter votre comportement, comme le fuel-band de Nike ou les pèse-personne et tensiomètres de Withings qui vient de lever 23,5 M€ (lire l’article CFNEWS).

A constater les start-ups et les levées de fonds qui fleurissent dans ce domaine, technologiquement, tout est prêt : le cloud et sa puissance de stockage et de processing, ca existe déjà. La puissance de calcul et la connectivité sont maintenant présents dans le téléphone. Les objets connectés le sont en permanence pour moins d’un euro par… an (lire dans CFNEWS « Sigfox se connecte à Intel Capital pour 10 M€, ou la cession de Cycleo) : ce ne sont alors plus des objets qui nous entourent, mais des objets-devenus-des-services. Le monde inanimé, platonicien, se transmute en un univers d’autant de services paramétrés, choisis, ou subis par l’homme « éclaté ».

Science fiction ? Non. Apple et Google (qui aménage à cet effet des barges géantes) travaillent sur des lieux connectés selon ces scénarios : maisons, boutiques, espaces culturels. Une gestion intelligente et globale de l’énergie est en marche : Linky d’EDF, l’offre Ijenko – qui a levé son 3ème tour… Et, le marché étant planétaire, les américains investissent en capital ou rachètent massivement les entreprises que je viens de citer.
Politique fiction ? Sûrement pas : si nos smartphones laissent des traces en continu sur les serveurs des fournisseurs d’un monde d’objets universellement connecté, vous – et moi – auront consenti, par simple confort et par facilité, à abandonner toute souveraineté sur nos données personnelles et notre « privacy » (mais c’est déjà fait) et sur … notre simple présence, où que ce soit.

 

 

 

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