Le nouveau Fonds pour l'Innovation Numérique de la Presse (FINP), annoncé en février dernier, vient de voir le jour. Il met fin — pour une durée de trois ans — à la grogne croissante des éditeurs de presse contre Google, qui tire d'importants bénéfices de publicité ciblée en référençant sans contrepartie des extraits d'articles de journaux dans ses résultats de recherche. Le désaccord a finalement été scellé entre la firme de Mountain View et l'Association de la Presse d'Information Politique et Générale (IPG), par une dotation unique de 60 M€ au FINP, financée par Google.
Ce sont les éditeurs allemands, rejoints par les italiens, qui ont allumé la mèche à l'été 2012, face à l'hégémonie du géant américain, dont la part de marché de la recherche en ligne avoisine les 90% en Europe. Or les sites des journaux peinent à trouver leur modèle économique : difficulté à mettre en place un « paywall », audience directe et recettes publicitaires insuffisantes voire cannibalisant celles de la version papier, et en face, Google, hypermarché de l'information qui en tire bénéfice grâce à la publicité contextuelle.
Entretemps, la résistance des Européens s'organise. Les Allemands commencent par étudier la possibilité d'un « droit voisin » au droit d'auteur, qui contraindrait Google à verser une rémunération aux éditeurs web en contrepartie du référencement, idée suivie très vite par la France.
Mais en coulisses, les deux gouvernements traitent d'un sujet économiquement bien plus gros : la taxation des profits de Google dans les pays où ils sont réalisés — et non pas au Luxembourg, en Irlande ou offshore.
Cet « accord » de trois ans permet à Google de sécuriser l'approvisionnement de son moteur de recherche en nouvelles fraîches, tout en échappant pour l'instant au mouvement de taxation locale des profits, en enterrant la notion de droit voisin à l'échelle européenne, et en redorant son image de « partenaire volontaire ».
Des voix discordantes se font entendre. D'abord, qui fait partie de l'IPG au juste, seul signataire de l'accord ? Les définitions sont éclatées entre plusieurs textes réglementaires. Qu'en est-il par exemple de la presse professionnelle, ou spécialisée ?
Ensuite, qu'en est-il des acteurs de la presse, nombreux, qui sont des pure players internet (dont CFNEWS fait partie) ? Le Syndicat de la Presse indépendante d'Information en ligne (SPIIL) revendique que « Google devrait être imposé en France pour les activités commerciales qu'il y mène. Google et les autres moteurs de recherche ne doivent pas être taxés pour que les montants collectés soient reversés aux éditeurs de presse, à la manière d'une subvention déguisée. »
Enfin, on constate qu'il y a pénurie de véritables projets d'innovation dans les dossiers examinés jusqu'ici. Le « Fonds Google » recevra-t-il des dossiers de meilleure qualité ? L'initiateur d'une véritable innovation répugnera peut-être à confier son dossier pour examen non seulement aux représentants de Google présents au FINP, mais aussi à ses principaux et plus gros concurrents historiques qui y siègent aussi. M. l'Editeur, vous avez dit double peine ?
