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Pourquoi il faut faire émerger un Cloud européen

Temps couvert pour le « cloud » français. Pendant que notre président normal s’extasiait en février dernier auprès d’entrepreneurs français de la Silicon Valley, que notre CNIL nationale décidait sans discernement l’affichage d’avertissements sur le moindre blog qui compilerait comme celui-ci quelques statistiques de consultation, et que la NSA se moque des frontières et des citoyens, deux projets concurrents de « cloud computing » français continuent trop discrètement de se tirer dans les pattes : Cloudwatt (porté par Orange et Thalès) et Numergy (poussé par SFR et Bull). Issus d’un appel à projet de l’Etat afin de créer un « cloud souverain », ces deux consortiums comptent comme actionnaires la Caisse des Dépôts.

Or ces projets sont deux facteurs cruciaux de souveraineté et de compétitivité pour la France et pour l’Europe.

Pour ceux qui n’ont pas tout suivi depuis le début mais un peu quand même, le cloud computing, c’est la migration dans un « nuage » de serveurs distants de tout un tas de services jusqu’ici souvent hébergés localement par les entreprises. Il s’agit de déporter les ordinateurs eux-mêmes, mais aussi les applications (messageries, stockage, bureautique, web, bases de données, voire logiciels métier) chez des prestataires généralement de nationalité américaine, souvent avec une couverture mondiale, comme par exemple AWS (Amazon). Apparemment, que des avantages : redondance, flexibilité des capacités, variabilisation des coûts, sous réserve de passer par une connexion au web pour y accéder – on y reviendra.

Mais l’affaire Snowden des écoutes de la NSA (qui – on se rappelle d’Echelon – n’est pourtant pas une nouveauté) a introduit une crise de confiance pour les acteurs de l’économie numérique et plus encore pour leurs clients, qui craignent non seulement pour la sécurité de leurs transactions, mais aussi pour la confidentialité des services qu’ils utilisent : le cloud, c’est avant tout du service comme Gmail (qui est lu par Google), Maps (qui vous géolocalise), les suites bureautique de Microsoft ou de Google, les agendas partagés, les réseaux sociaux, l’hébergement de sites web …

L’affaire Snowden révèle que non seulement les données confiées au cloud sont espionnées ou espionnables, mais aussi les connexions pour y être relié, ce plus ou moins légalement grâce aux lois américaines. qui ont suivi le 11 septembre 2001. On objectera que pour ne pas être espionné, il suffit de ne pas utiliser ces services, ce qui n’est pas l’objet de ce billet. L’enjeu, c’est la question de souveraineté et de compétitivité que cela pose.

Souveraineté, car l’accord franco-allemand pour un internet européen reste… des paroles en l’air, sans aucune crédibilité puisque le conseil général de Bretagne vient par exemple de choisir les services cloud… d’Amazon ! Une plateforme souveraine est cruciale pour développer les services de l’Etat (gestion, dématérialisation et simplification administrative, open data), via :

  • des procédures d’appels d’offres ad-hoc
  • un guichet unique d’achat d’hébergement ou de stockage
  • un répertoire centralisé et ouvert des éditeurs d’application et de services

Compétitivité, car la seule carte à jouer est celle du service, et plus exactement celle des spécificités européennes en matière de services. Numergy et Cloudwatt annoncent chacun un objectif de 500 millions d’euros de chiffres d’affaires d’ici 2016-2017. Pour y parvenir, jouer uniquement sur l’épouvantail des grandes oreilles anglo-saxonnes et sur la fibre nationale risque de ne pas suffire. Enfin, tenter de casser les prix risque d’être difficile face aux mastodontes américains (qui viennent d’ailleurs de le faire).

Prix des services cloud de Google en mars 2014
Prix des services cloud de Google en mars 2014

C’est de créer un véritable écosystème d’entreprises de services basées sur le Cloud souverain qu’il s’agit.

D’abord, ceux dont les entreprises ont besoin et surtout ceux de taille moyenne qui n’ont pas les moyens d’internaliser des fonctions entières : ERPs, services bancaires, paie, …

Aussi, ceux aux particuliers : si beaucoup de consommateurs sont prêts à payer 5€ de plus par mois pour bénéficier de la 4G, ne seraient-ils pas  nombreux à payer 1 ou 2€ de plus par mois pour disposer d’une messagerie et d’un package de services de type dropbox, chat,  suite bureautique,  jeux, domotique, sécurité, santé, éducation… Le potentiel pour un écosystème d’éditeurs est sans limite pour un réservoir de clients aussi nombreux que les américains – tout cela sur le socle d’une confiance restaurée.  Espérons que le gouvernement remanié cette semaine signe pour ce vrai projet, et signe vite !

PME-ETI : pourquoi il faut un choc de flexibilité

Une mauvaise évaluation n’a jamais corrigé une mauvaise performance : l’affirmation selon laquelle “l’Etat, seul coupable qui tue l’initiative et s’acharne fiscalement sur les entrepreneurs, principaux créateurs de croissance et d’emploi” mérite critique. L’Etat n’est pas la cause de tous les maux qui frappent les entrepreneurs français, qui bénéficient tout de même d’un environnement assez protecteur et d’aides publiques somme toute généreuses. Je rencontre chaque semaine des entrepreneurs, des vrais, qui développent leurs idées, et qui gardent une mentalité constructive : les charges, la complexité administrative sont des paramètres d’environnement et non des freins rédhibitoires. N’en déplaise à mon estimé camarade Diogène, n’y aurait-il pas un peu de facilité dans ce “bashing” répété d’un Etat incapable de réformes ? Le vrai coupable n’est peut-être pas là.

Prenons un exemple. J’entendais soliloquer un entrepreneur récemment (notre “coloc”, dans la pièce d’à côté). “J’ai une boite de 15 personnes, je fais un gros million de CA, je suis rentable sur mon marché A qui représente 80% de mes revenus”, constatait-il. Et de poursuivre “j’ai identifié le marché B, j’ai prototypé – avec l’aide de l’Etat qui m’a versé 50.000 de crédit d’impôt recherche – et fait mes études de marché, maintenant, faut y aller :  pour démarrer il me faut 2 gars pour produire et 1 commerciale pour vendre, faut que j’embauche”. Après une ou deux minutes de silence, il reprit son monologue : “Bon, normalement, 3 salaires chargés, c’est pas le problème, mes vrais problèmes c’est : a) d’abord j’ai pas la place de les installer, et b) si ce marché B ne décolle pas tout de suite qu’est ce que j’en fais de mes 3 collaborateurs, je ne vais pas les virer après tous ces efforts de recrutement et de formation, parce que j’y crois, moi, au marché B, et qu’ils n’ont pas démérité” ! Et moi, croyant qu’il lisait dans mes pensées, de l’inviter illico à déjeuner.

Le vrai problème, il est là pour les entreprises encore petites (effectif de 10 à 50) qui ont du potentiel : c’est la flexibilité. Lever des fonds n’aurait pas résolu les problèmes de mon coloc : il aurait de l’argent pour… payer à 100% les 3 salariés alors que le marché B n’est pas parti dans la direction escomptée (inévitablement) et ne nécessite pour l’instant qu’1,5 équivalent temps plein ? Pour financer des locaux ? Alors qu’il est déjà rentable et que son souci n’est pas de payer un loyer mais de passer un temps infini à chercher et négocier, et surtout de s’engager pieds et poings liés dans un bail 3-6-9 ? Mon camarade coloc et moi, nous avons un problème permanent de flexibilité avec le code du travail et avec l’immobilier de bureaux. Pas avec les taxes, pas avec la simplification administrative, pas avec nos investisseurs. Nous, petites PME qui en veulent, nous voulons utiliser notre cash-flow ou l’argent levé pour attaquer le marché B, pas pour financer des charges dont la fixité découle directement des rigidités du marché de l’emploi ou de l’immobilier.

Le sujet étant d’importance (après tout, il lisait dans mes pensées), je l’invitai donc à déjeuner et nous convergeâmes rapidement sur quelques propositions concrètes afin de créer les conditions d’une vraie croissance, dans notre segment “PME de 10 à 50 pesonnes qui veut devenir ETI”.
1- Une formule de bail flexible avec une garantie de l’Etat pour le bailleur (comme pour les locataires particuliers),
2- Une réforme du droit du travail (auquel de toute façon plus personne ne comprend rien) : formule de CDI « flexible à temps plein » : CDI temps plein pour attirer les bons candidats, cadres ou non-cadres, assorti d’une période de flexibilité pendant les premiers 6, 12 ou 18 mois : péréquation des horaires ou jours travaillés pendant cette période et si le temps plein n’est pas atteint, un abondamment de l’Etat (sous forme d’Assedic, CICE, …).
3- Repenser la formation professionnelle : pour former un petit nouveau à vendre ou a produire sur son marché B, mon coloc ne va pas trouver un stage sur catalogue auprès d’un organisme qui ne comprend rien au besoin, mais il y investir personnellement du temps – en impliquant fortement l’intéressé et l’équipe en place. Et, en dépit des cotisations formation qu’il paie tous les ans, il ne percevra aucun retour sur cet effort, qui est pourtant la meilleure formation possible pour garantir un emploi pérenne.

On aura compris qu’il ne s’agit pas de remettre en cause la protection des salariés, mais plutôt de lever des freins à une décision lourde qu’est une embauche pour une “PME de 10 à 50 pesonnes qui veut devenir ETI”. Le principal problème de l’entreprise, qui s’est préparée à prendre des risques calculés, va être se confronter aux incertitudes opérationnelles inhérentes au lancement d’un nouveau business, et de pouvoir s’adapter immédiatement. Et ce n’est pas une baisse des charges sur les bas salaires, un pacte de compétitivité, ou un accord quinquennal Etat-Patronat qui vont y répondre pour permettre l’émergence des “champions de demain”, dont le principal problème n’est pas une baisse uniforme du coût du travail. Alors cher Gouvernement, faites-nous un choc de flexibilité !

Fonds Google d’aide à la presse : la double peine des éditeurs

Le nouveau Fonds pour l’Innovation Numérique de la Presse (FINP), annoncé en février dernier, vient de voir le jour. Il met fin – pour une durée de trois ans – à la grogne croissante des éditeurs de presse contre Google, qui tire d’importants bénéfices de publicité ciblée en référençant sans contrepartie des extraits d’articles de journaux dans ses résultats de recherche et dans son service Google-Actus. Le désaccord a finalement été scellé entre la firme de Mountain View et et l’Association de la Presse d’Information Politique et Générale (IPG), par une dotation unique de 60 M€ au FINP, financée par Google, à investir sur 3 ans dans des projets « innovants » et représentant l’équivalent de 3 ans de dotations aux précédentes aides à la presse (FNPL) soit 20 M€ par an.

Ce sont les éditeurs allemands, rejoints par les italiens qui ont allumé la mèche à l’été 2012, face à l’hégémonie du géant américain – dont la part de marché de la recherche en ligne avoisine les 90% en Europe – et qui selon eux enrichit gratuitement aussi bien les résultats de recherche proposés aux internautes que les liens sponsorisés proposés aux annonceurs grâce aux contenus rédactionnels mis en ligne par les éditeurs sur leurs propres sites web. Or les sites des journaux peinent à trouver leur modèle économique : difficulté à mettre en place un « paywall », audience directe et recettes publicitaires insuffisantes voire cannibalisant celles de la version papier, et en face … Google, hypermarché de l’information qui propose en linéaire une grande variété de sources tout en en tirant bénéfice grâce à la publicité contextuelle proposée à l’internaute. C’est un peu la « double peine » de l’éditeur web : les titres de mes papiers sont accessible gratuitement (à côté de ceux de mes concurrents), mais mes recettes sont insuffisantes sur le web (150 M€ pour la presse quotidienne et magazine) et en par dessus le marché, pour les mettre en avant davantage, il faut que je rémunère… Google en achetant des mots-clé (1,2 Md€ de recettes pour Google en France). Ce que ce dernier avait parfaitement compris dès le début en commençant par indiquer officiellement aux éditeurs grognons qu’ils n’avaient pas à se plaindre puisqu’il leur apportait précisément… une part de trafic très importante (40 à 50%), trafic sans laquelle leur situation serait bien pire.

Entretemps,  la résistance des Européens s’organise (il semblerait que nous autres Européens avons une conception de la presse qui fait que nous sommes les seuls sur la planète à s’inquiéter du constat ci-dessus). Les allemands, déjà échaudés par le projet Google Books qui numérise leurs bibliothèques, commencent par étudier la possibilité d’un « droit voisin » au droit d’auteur, qui contraindrait Google à verser une rémunération aux éditeurs web en contrepartie du référencement dans son moteur de recherche, idée suivie très vite par la France. Sur quelles bases juridiques et modalités pratiques exactes, Google relevant du droit américain complètement différent en matière de propriété intellectuelle ? On ne sait pas et on ne voit pas très bien non plus, mais la France se rallie rapidement au concept du droit voisin, qui sert de prétexte à ouvrir rapidement la table des négociations.

Mais en coulisses et par la même occasion, les deux gouvernements traitent d’un autre sujet, économiquement bien plus gros : la taxation des profits de Google dans les pays où ils sont réalisés – et non pas au Luxembourg, en Irlande ou offshore via les mécanismes classiques de sociétés écran et de prix de transfert – sans compter le manque à gagner sur la TVA . Mécanismes légaux, dont Google n’a certes pas le monopole, mais l’occasion est trop belle pour le gouvernement, en quête de recettes fiscales, de faire passer un message de « bon comportement » à un géant américain qui ne déclare que… 138 M€ de chiffre d’affaires taxable en France, message appuyé de la menace d’une enquête de Bercy.

Très bien, dira-t-on, Mmes Filipetti et Pellerin ont donc signé pour trois ans cet accord « de portée mondiale » sous l’égide de M. Hollande, entre deux acteurs privés – Google et l’IPG -, accord qui se substitue au régime jusqu’ici plus égalitaire des aides publiques à la presse papier et web gérées par le ministère de la Culture avec la CPPAP – avec une économie de 20 M€ par an pour l’Etat à court terme, et qui permet à Google de sécuriser l’approvisionnement de son moteur de recherche en nouvelles fraîches, tout en échappant (pour l’instant) au mouvement citoyen de taxation locale des profits locaux, en enterrant la notion de droit voisin à l’échelle européenne, et en redorant son image de « partenaire volontaire » fournisseur de « solutions pour les éditeurs » (qui ne sont pas nouvelles).  Tout cela aussi alors que Google inaugure ses nouveaux locaux parisiens pourvoyeurs d’emploi. Un « accord » pour trois ans donc, mais pour quelle vision de long terme ?

Cependant, des voix discordantes se font déjà entendre – la presse libre et indépendante a du bon. D’abord, qui fait partie de l’IPG au juste, seul signataire de l’accord ? Les définitions sont éclatées entre l’article D19-2 du code des postes et communications électroniques pour l’éligibilité aux tarifs réservés à la presse (papier uniquement), l’art. 39 bis A du CGI (pour des provisions spécifiques fiscalement déductibles)  et l’article 9-2 du décret 2012-484 du 13 avril 2012 (portant réforme du régime des aides à la presse) – sans compter la nécessaire reconnaissance par la CPPAP. Quid par exemple de la presse professionnelle, ou spécialisée, ou de l’information locale, pourtant en plein développement aux USA (voir une précédente chronique : pourquoi Warren Buffett croit en la presse papier).

Ensuite, quid des acteurs de la presse, nombreux, qui sont des pure players internet (dont CFNEWS fait partie) ? Dans une prise de position assez radicale – qui est à saluer -, le Syndicat de la Presse indépendante d’Information en ligne (SPIIL) revendique que « Oui, Google devrait être imposé en France pour les activités commerciales qu’il y mène. Non, Google et les autres moteurs de recherche ne doivent pas être taxés pour que les montants collectés soient reversés aux éditeurs de presse, à la manière d’une subvention déguisée. » On distingue derrière cela le constat que les acteurs historiques de la presse, éditeurs de journaux papier, ont largement bénéficié depuis dix ans du régime étatique des aides à la presse (fonds SPEL) pour prendre, parfois à grand-peine, le virage des nouvelles technologies et reconvertir leurs outils (75% des aides accordées !) et leurs équipes rédactionnelles.

Troisièmement – et cela découle du point précédent, on constate qu’il a pénurie de véritables projets d’innovation dans les dossiers examinés par le SPEL jusqu’ici. Le « Fonds Google », réservé aux projets « web », recevra-t-il des dossiers de meilleure qualité, en souhaitant financer des projets « ayant pour objectif direct la création de nouvelles sources de revenus pour les éditeurs de presse en ligne et/ou la mise en place de nouveaux modèles économiques, notamment par la production de contenus éditoriaux innovants. » ? Et surtout, l’initiateur d’une véritable innovation répugnera peut-être à confier son dossier et son business plan pour examen non seulement aux représentants de Google présents au FINP, mais aussi à ses principaux et plus gros concurrents historiques (le Figaro, les Echos, Lagardère Active) qui y siègent aussi, et se tournera peut-être vers d’autres dispositifs : crédit d’impôt recherche, prêts ou interventions en fonds propres de la BPI, aides à l’innovation…  tous dispositifs existants que le gouvernement aurait peut-être aussi bien fait de renforcer pour la presse moyennant de bien légères adaptations. M. l’Editeur, vous avez dit double peine ?

La nouvelle économie de l’impression 3D

Les imprimantes 3D arrivent chez les petites entreprises et chez les particuliers – en défrayant la chronique : on peut désormais fabriquer comme on imprime, à domicile et en temps réel, un objet en trois dimensions, avec tous les les côtés pratiques que l’on peut imaginer mais aussi tous les travers possibles comme – d’ores et déjà – un arme a feu.

Plus besoin donc d’un atelier, d’une usine, de machine-outils coûteuses et réservées aux industriels pour fabriquer, à partir d’un simple fichier informatique, un objet manufacturé. C’est une révolution à nos portes, pour les consommateurs d’un côté, les fabricants de l’autre mais aussi pour l’économie toute entière avec la disparition ou la ré-invention complètes de métiers ou de nos modes de vie. Exemples :

  • Une mise à disposition immédiate : une pièce cassée ? Plus besoin de courir les services après vente, rechercher la référence, attendre l’expédition ; plus besoin de supplier le réparateur de venir en sacrifiant une demi-journée  de RTT : en téléchargeant le fichier-plan sur le site du fabricant, vous avez la pièce quelques minutes ou quelques heures après chez vous.
  • Une personnalisation à l’infini directement chez le client : un fabricant met à disposition le plan de la pièce brute, et le consommateur choisit la personnalisation finale. Par exemple, téléchargez la forme d’un étui de smartphone et personnalisez-le … comme vous voulez, sans intermédiaire ni délai. Sans que le fabricant n’en soie forcément informé !
  • Une réduction drastique des inventaires et de la logistique pour les manufacturiers – à l’instar de la distribution des logiciels qui a vu en se dématérialisant disparaître les boîtes de CD d’installation. Ce qui veut dire, la chaîne de valeur se raccourcissant, que – tout comme la métamorphose de l’industrie musicale -la phase de création devient cruciale.

On avait déjà vu un pas timide dans le sens de la désintermédiation entre créateurs et clients comme MyFab ou l’Usine a Design (lire les articles CFNEWS), mais on fait ici un saut quantique : des métiers entiers vont donc en subir l’impact : réparateurs à domicile, livreurs et coursiers, … et notre mode de vie s’en trouver transformé :

  • Si n’importe qui peut reproduire sur son bureau en quelques minutes une clé d’appartement (en la scannant d’abord en 3D), que devient la sécurité au quotidien ? Comment les serruriers vont-ils réinventer leur métier ?
  • Quid de la contrefaçon ou de la propriété intellectuelle si les objets, au lieu d’être « achetés » sous la forme d’un fichier « authentique » auprès de leur créateur, sont piratés, dupliqués sans protection, ou frelatés ?
  • On a vu ces dernières années fleurir le débat puis l’échec des DRM dans l’industrie de la musique, qu’en sera-t-il pour les biens ?

Les acteurs du 3D printing sont déjà très convoités (lire dans CFNEWS les levées et cessions de Phenix Systems , Sulpteo , Phidias , …). Mais il reste au moins un secteur qui devrait échapper à cette révolution : l’alimentaire, qui ne devrait pas s' »imprimer » de sitôt, et les services. A suivre …

PS : une imprimante 3D, comment ca marche et combien ça coûte ? Voir cet article de C|net à l’occasion du CES 2013.

Retrouver aussi sur CFnews.net les précédentes chroniques Techno

Les 5 choses que devrait faire Jeff Bezos avec le Washington Post

Le rachat de ce journal quasiment institutionnel par le milliardaire de l’e-commerce a fait couler beaucoup, beaucoup d’encre, digitale ou non. Ci-après un bon article de Jeff Ingram (publié sur GigaOM) sur les leviers qui pourraient permettre au Washington Post de se réinventer : .

Les 5 leviers :

  1. Fermer la (déclinante) version papier. Amazon sait ce qu’il fait sur le web, c’est prouvé.
  2. Intégrer les contenus du WP dans l’écosystème du Kindle : le parc de tablettes propriétaire est un support de diffusion… déjà fidélisé !
  3. Repenser le modèle publicitaire : plus de 4ème de couverture, de bandeaux sur le site du WP : plutôt une page d’accueil dédiée sur Kindle, des suggestions de lectures « publirédactionnelles » ciblées, …
  4. Leverager le système de recommandations contextuelles, qu’a quasiment inventé Jeff Bezos : « les lecteurs ont aussi aimé » (source d’innombrables blagues sur ce rachat)… mais aussi : « les annonceurs ont aussi aimé » ! Bref, une « smart, algorithm-driven curation ».
  5. Réimaginer le système de publication en ligne : plutôt que les Content Management System classiques de la presse en ligne, hiérarchisés et rubriqués, passer à un système décloisonné (dans le « Cloud » Amazon naturellement) à multiples entrées et clés de recherche.

Nul doute que Jeff Bezos est l’un des plus capables d’actionner ces leviers – ou d’autres auxquels il pensera avant l’auteur de ces lignes. Restent quelques points bien humains : le choc culturel de l’intégration, la résistance ou le départ des talents journalistiques… et surtout, l’appétence des lecteurs : mais le fondateur d’Amazon sait mieux que personne que la chose la plus importante à savoir sur un client/lecteur/abonné, c’est qu’au fond on ne sait rien de lui, ni de ses besoins futurs ! Et pour le savoir, la meilleure méthode – ce que sait parfaitement Amazon – est de démoyenniser contenus proposés et comportements de lecture. A suivre.

Pourquoi Warren Buffett croit (et investit) dans la presse papier

La récente lettre aux actionnaires du fonds Berkshire Hataway indique qu’au cours des 15 derniers mois Warren Buffet – connu pour sa politique contre-intuitive d’investissements profitables – a investi près de US$ 350 M dans… 28 titres de presse papier aux Etats-Unis.

Mais pas n’importe lesquels. On connaît en France comme ailleurs le lent déclin de la presse quotidienne nationale traditionnelle, le dilemme posé par le passage au numérique (y aller c’est sacrifier sa marge, ne pas y aller c’est pire) et les expériences plus ou moins réussies de monétisation des contenus journalistiques (« paywalls »). Certes, le mirage de l’information gratuite sur internet a vécu, mais les lecteurs éduqués ne sont pas encore prêts à payer pour – quoique le taux d’équipement en tablettes et les applications restituant une expérience lecteur proche du papier améliorent lentement les revenus d’abonnements numériques des éditeurs. Sans que les recettes publicitaires sur internet n’approchent celles encore réalisées sur papier.

L’analyse de Warren est la suivante : c’est l’information locale qui a de la valeur. “Newspapers continue to reign supreme, however, in the delivery of local news. If you want to know what’s going on in your town, whether the news is about the mayor or taxes or high school football, there is no substitute for a local newspaper that is doing its job. »

En d’autres termes, la presse papier doit maintenant s’adresser à des communautés locales : “Wherever there is a pervasive sense of community, a paper that serves the special informational needs of that community will remain indispensable to a significant portion of its residents.”

Quand au numérique, l’investisseur soutient que les « paywalls » ont une raison d’être et doivent fonctionner : “The Wall Street Journal went to a pay model early. But the main exemplar for local newspapers is the Arkansas Democrat-Gazette, published by Walter Hussman, Jr. Walter also adopted a pay format early, and over the past decade his paper has retained its circulation far better than any other large paper in the country.”

En tant que dirigeant d’une publication en ligne (CFnews.net), je pense en effet qu’il existe une prime à un contenu de qualité placé d’emblée derrière un paywall. Dans ce contexte précis démarrer gratuit, puis proposer un accès « freemium » ou payant détruit de la valeur perçue chez les lecteurs. Il reste cependant de la place pour quelques expérimentations – ou innovations : “Despite Walter’s powerful example, it’s only been in the last year or so that other papers, including Berkshire’s, have explored pay arrangements. Whatever works best – and the answer is not yet clear – will be copied widely.”

On apprend dans le même temps que 7 quotidiens américains sont à vendre : le Boston Globe (appartenant au New York Times) et six titres du groupe Tribune Co (notamment  le Chicago Tribune, le Los Angeles Times, le Baltimore Sun). Acheté 1,1 milliard de dollars en 1993 par New England Media Group (filiale du New York Times), le Boston Globe ne vaudrait aujourd’hui plus rien en raison de la chute des recettes publicitaires et de la diffusion payante – le NYT ayant déjà essayé de le vendre sans succès en 2009. Rupert Murdoch regarderait dit-on le dossier, mais aurait-il un métro de retard par rapport à Warren Buffet? Ces titres maintenant en difficulté ont en effet la caractéristique d’être à la fois généralistes et à forte diffusion dans leur zone géographique.

A suivre donc…

Entreprendre dans la presse en 2012 – conférence HEC Média

Très intéressante conférence du groupement HEC Média lundi 10 décembre sur l’évolution du secteur de la presse, organisée par Patrick Moure, Jérôme Wagner et Jérôme Foucray. Autour de la table :

  • Christine Kerdellant (Groupe l’Express l’Expansion)
  • Fabrice Geurchel (Philosophie Mag, fondé en mars 2006)
  • Cédric Ciré (Webedia)
  • Louis Vaudeville – C.C et C (éditeur multimédia notamment de la série « Apocalyspse »), ex DM de Hachette; ex Marketing Mag…

Les gros acteurs historiques du print sont plombés par le dilemne du « print + web ». L’industrie est en train de se bi-polariser  entre : des acteurs agiles pure players sur le web, et des acteurs qui revendiquent le print sur des tendances sociétales.

Chez les « pure players » : Webedia a très vite créé une galaxie de sites web thématiques grand public (puretrend, puis pureshopping, puis le divertissement avec pureciné, puis le home …)

Avec succès puisqu’il monétise son audience : les sites sont gratuits et les recettes sont essentiellement publicitaires. Résultat : 20 M€ CA, 150 collaborateurs, 7 M€ d’ebitda.

Le modèle c’est de produire un flux de contenu calé sur le « territoire de marque » qui est un appât pour que l’internaute creuse dans un gros stock de contenus liés à un « annonceur ». Le secret est d’avoir sur mettre en place des outils (CMS et AdServer intégrés propriétaires) et des process pour industrialiser des opérations spéciales sur mesure  : création de contenus + fédération de communautés + événementiel (à chaque fois en devenant fan) – puis industrialiser le « sur mesure ». Un « sponsor » type : par exemple la marque l’Occitane qui voudrait communiquer sur le territoire « Provence ». Économiquement, cela permet d’avoir des contrats longs avec les marques, et des positions SEO fortes entre la marque et l’éditeur délégué.

Cédric insiste sur le fait que la barrière a l’entrée est essentiellement organisationnelle – et passe 25% de son temps à traquer les rigidités organisationnelles, techniques et … humaines ! La bataille de la productivité c’est le work flow et l’intégration (médiathèque, iconographie…), insiste Cédric.

De son côté l’internaute comprend que la pub est la contrepartie de la gratuité – avec une frontière poreuse revendiquée entre pub et contenu : c’est du brand publishing ou publi-rédactionnel ou… voir cet article de GigaOM. On s’attend à ce qu’un « rédacteur » (tous les contributeurs n’ont pas la carte de presse) publie 10 feuillets / jour soit 15.000 signes ! Malgré tout les lecteurs sentent la valeur ajoutée quand c’est un journaliste qui a fait le boulot.

Ce qui tue la valeur du contenu pour l’internaute : les « marronniers », que tout le monde parle des mêmes sujets en même temps, le « snacking » des sujets.

Cédric fait une distinction très claire entre les média de flux et les média de stock. Ces derniers considèrent le flux comme une vitrine mais ont un stratégie de constitution d’un stock de contenus que l’internaute va « attaquer » par requête – surtout via les moteurs de recherche. Le SEO est donc crucial, il faut aussi avoir une taille critique afin d' »occuper du linéaire » sur les moteurs de recherche (10 feuillets par jour…) car la bataille du référencement naturel est une bataille sémantique.

Pourquoi les sites web des journaux perdent de l’argent? Réponse de Cédric : Webedia gagne de l’argent parce qu’il n’a pas de papier – et ne considère pas qu’il est un média de flux.

Sur les nouveaux usages : la vidéo sur le web ne marche pas (sauf si préfinancée par la télé). Les tablettes : il y a 3 millions de tablettes, représentant 10% de part de marché soit  300 k pages vues / mois : c’est pour le moment trop petit pour « exister » à l’échelle requise. Le mobile (smartphone) : ca sert à recevoir des alertes uniquement, pas à lire…

Sur le financement de Webedia : fondé avec 30 K€ et… 3 ans a perdre de l’argent jusqu’au point mort – c’est un métier de coûts fixes.

Cédric revient sur ses levées de fonds. Premier tour à 1 an : « une connerie, s’est fait rincer 30% du capital », indique Cédric, qui a levé 10 M€ au total – et cherche maintenant la relution.

Le BFR pèse lourd car les clients et agences paient tard.

Le coup de gueule : au point mort atteint avec 2 M€ d’ebitda, aucune banque n’a accepté de prêter car… leurs comités de crédit ne regardent que le passé ! Cédric conseille donc fortement de sur-capitaliser pour ne pas craindre la crise de cash en période de croissance, ou de « trou d’air ».

Webedia poursuit son expansion à l’international : en Europe mais aussi au Brésil (avec des particularités locales des moteurs de recherche), la Russie, à l’étude la Turquie… toujours avec le même souci de flexibilité et d’intégration des outils (back-office multilingue, …).

En conclusion : l’industrie va vers une « démoyennisation » du web : places d' »Ad-Exchange » automatisées comme Criteo d’un côté, « sur mesure client » industrialisé de l’autre côté (Webedia). Et comme les gros acteurs historiques sont englués dans le print + web, il y a des niches a prendre entre les deux…

Philo Mag : 

A commencé en 2006 par l’échec de son numéro zéro (qui ne se voulait pas un magazine de philo mais un mag qui parle de tout avec un angle philo, un rythme speed et assez commercial)…  et un retour volontariste à la rédacgtion d’articles qui « prennent du temps ». Fabrice insiste sur le « problème qui est d’offrir une singularité » – en effet selon lui il n’y a pas de barrière à l’entrée dans la presse, donc la sincérité dans le contenu est importante et valorisée par le lecteur (qui paie).

Le titre – qui se revendique print, avec une arrivée tardive sur le web, ne vit pas sur la pub qui représente 10% du CA (bien plus en marge), mais sur ses ventes essentiellement au numéro. Le prix de vente est élèvé a 5€ – et lors de tests d’élasticité prix les meilleures ventes ont été réalisées à… 5,50€ !

En presse papier le problème c’est la distribution bien sûr mais surtout le « réglage » des 12.000 points de vente : il faut minimiser le « taux de bouillon », sans générer de pénurie! Le placement est aussi crucial : il vaut mieux être sur l’étagère à côté des suppléments du Monde qu’à côté de Psychologies Magazine.

Sur le web et les nouveaux usages : l’éditeur doit se demander en permanence « est-ce qu’on a envie de lire mon contenu sur le web? » par exemple pour un magazine comme Géo, la réponse est non. Sur le support papier on se laisse guider.

Hors série : éviter les marronniers (Fabrice cite les thèmes de Tintin, d’Hitler) mais au contraire apporter des « surprises »

Sur le financement : ancien banquier d’affaires, Fabrice a quasi-intégralement financé l’entreprise sur ses propres fonds.

Le hors média (hors pub) : oui, on commence à organiser des formations en entreprise, des salons, mais c’est un autre métier, il faut rester flexible. Ca ne représente pas encore une part substantielle de l’économie du modèle.

C. C. et C :

En production télé, la clé est le préfinancement auprès des diffuseurs qui permettent au mieux d’équilibrer le budget. Ensuite on gagne sa vie sur les diffusions ultérieures (sur 10 ans…) et sur les ventes à l’étranger.

Mais ca n’est pas suffisant pour créer un avantage compétitif. Pour C.C et C, la clé c’est notre procédé unique de colorisation qui a creusé l’écart.

Selon Louis il y a un réel potentiel pour les nouveaux usages. Notamment les tablettes qui sont déjà un « deuxième écran » simultané pour les téléspectateurs. L’idée est de diffuser en parallèle d’un programme TV un méta-programme pertinent sur la tablette (sources, textes additionnels, bibliographie, images supplémentaires, making of d’une scène …).

NDLR : l’auteur de ce billet dirigeant un pure player web, pardon à Louis du peu de place fait à son activité.

En conclusion :
Le secteur se recompose, les gros players historiques sont englués… allez-y !

 

 

Comment devenir viral selon McCann

Comment rendre virale une campagne corporate sur le net et les réseaux sociaux ? Un casse-tête pour les créatifs… Et leur clients entreprises, car le succès n’est pas garanti à priori.

Une jolie campagne qui a très bien marchée : « Dumb Ways To Die », réalisée par McCann pour… le métro australien.

L’auteur John Mescall affirme qu’il y a 5 facteurs-clé de viralité : la violence, le sexe, l’étonnement, le rire et un petit côté futé (« violence, sex, awesomeness, funny and cute« ). Etant donné que le sexe (cru) et la violence sont proscrits pour les campagnes corporate, et qu’une idée véritablement étonnante ne surgit pas tous les jours, reste à être drôle et futé. Et quand en plus c’est bien réalisé … Bingo.

Le titre, comme pour un blockbuster, à aussi son importance : le virus serait-il aussi actif si la campagne s’intitulait simplement « attention au train »?