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Les 5 choses que devrait faire Jeff Bezos avec le Washington Post

Le rachat de ce journal quasiment institutionnel par le milliardaire de l’e-commerce a fait couler beaucoup, beaucoup d’encre, digitale ou non. Ci-après un bon article de Jeff Ingram (publié sur GigaOM) sur les leviers qui pourraient permettre au Washington Post de se réinventer : .

Les 5 leviers :

  1. Fermer la (déclinante) version papier. Amazon sait ce qu’il fait sur le web, c’est prouvé.
  2. Intégrer les contenus du WP dans l’écosystème du Kindle : le parc de tablettes propriétaire est un support de diffusion… déjà fidélisé !
  3. Repenser le modèle publicitaire : plus de 4ème de couverture, de bandeaux sur le site du WP : plutôt une page d’accueil dédiée sur Kindle, des suggestions de lectures « publirédactionnelles » ciblées, …
  4. Leverager le système de recommandations contextuelles, qu’a quasiment inventé Jeff Bezos : « les lecteurs ont aussi aimé » (source d’innombrables blagues sur ce rachat)… mais aussi : « les annonceurs ont aussi aimé » ! Bref, une « smart, algorithm-driven curation ».
  5. Réimaginer le système de publication en ligne : plutôt que les Content Management System classiques de la presse en ligne, hiérarchisés et rubriqués, passer à un système décloisonné (dans le « Cloud » Amazon naturellement) à multiples entrées et clés de recherche.

Nul doute que Jeff Bezos est l’un des plus capables d’actionner ces leviers – ou d’autres auxquels il pensera avant l’auteur de ces lignes. Restent quelques points bien humains : le choc culturel de l’intégration, la résistance ou le départ des talents journalistiques… et surtout, l’appétence des lecteurs : mais le fondateur d’Amazon sait mieux que personne que la chose la plus importante à savoir sur un client/lecteur/abonné, c’est qu’au fond on ne sait rien de lui, ni de ses besoins futurs ! Et pour le savoir, la meilleure méthode – ce que sait parfaitement Amazon – est de démoyenniser contenus proposés et comportements de lecture. A suivre.

Art, Copy & Code: le temps de cerveau disponible selon Google

Le projet, conduit dans les fameux « Labs » de Google, est parti d’une étude récente montrant que chaque américain passe en moyenne 56 minutes par jour à conduire, dont les deux tiers de ce temps seul dans sa voiture.

Google est à la recherche permanente de nouveaux espaces pour exposer les internautes à ses produits. La recherche bien sûr, plus l’email personnel et professionnel, le mobile et les tablettes avec Android et le web social avec Google+, bientôt les chaussures parlantes ou les lunettes interactives sont autant de fenêtres exposant l’internaute, aux différents « moments » de sa vie, aux mots-clé ou campagnes sponsorisés par les annonceurs utilisant les programmes Adsense et Adwords.

Encore faut-il être en position de lire son écran… ce qu’on ne peut pas faire en conduisant, le temps passé au volant étant « subi » (en attendant bien sûr la Google Car qui se conduit toute seule). Google propose ainsi avec Wolkswagen de transformer un temps « improductif » en une expérience sociale au sens du Web 2.0.

Le programme combine intelligemment une approche communautaire (les conducteurs au volant), un capital de marque (Wolkswagen) et un « moment » encore inexploité (le temps de trajet en voiture). Les conducteurs et leurs passagers peuvent ainsi jalonner leur parcours, détecter les autres participants sur la route, partager leur expérience et… gagner des points. Fini de rêvasser en conduisant ou en se laissant conduire, vous êtes engagés par Google ! De même pour les vêtements portés ou la nourriture consommée puisque le programme s’étend à d’autres marques fortes (et mondiales) comme Burberrys, Adidas, voire pourquoi pas Coca-cola ou Heineken. Au temps de la télévision hertzienne, cette stratégie – toujours dictée par les annonceurs – s’appelait la capture du temps de cerveau disponible.

Un pas de plus vers l’internet des objets et même au delà puisque le programme se veut emblématique de l' »internet of everything« , pervasif au point qu’il n’y a plus pour toute une génération de moments connectés ou déconnectés, mais une seule vie en continu à la fois réelle et digitale. Et, il n’y a pas de hasard, c’est bien le thème de la conférence SXSW de cette année 2013.

 

Pourquoi Warren Buffett croit (et investit) dans la presse papier

La récente lettre aux actionnaires du fonds Berkshire Hataway indique qu’au cours des 15 derniers mois Warren Buffet – connu pour sa politique contre-intuitive d’investissements profitables – a investi près de US$ 350 M dans… 28 titres de presse papier aux Etats-Unis.

Mais pas n’importe lesquels. On connaît en France comme ailleurs le lent déclin de la presse quotidienne nationale traditionnelle, le dilemme posé par le passage au numérique (y aller c’est sacrifier sa marge, ne pas y aller c’est pire) et les expériences plus ou moins réussies de monétisation des contenus journalistiques (« paywalls »). Certes, le mirage de l’information gratuite sur internet a vécu, mais les lecteurs éduqués ne sont pas encore prêts à payer pour – quoique le taux d’équipement en tablettes et les applications restituant une expérience lecteur proche du papier améliorent lentement les revenus d’abonnements numériques des éditeurs. Sans que les recettes publicitaires sur internet n’approchent celles encore réalisées sur papier.

L’analyse de Warren est la suivante : c’est l’information locale qui a de la valeur. “Newspapers continue to reign supreme, however, in the delivery of local news. If you want to know what’s going on in your town, whether the news is about the mayor or taxes or high school football, there is no substitute for a local newspaper that is doing its job. »

En d’autres termes, la presse papier doit maintenant s’adresser à des communautés locales : “Wherever there is a pervasive sense of community, a paper that serves the special informational needs of that community will remain indispensable to a significant portion of its residents.”

Quand au numérique, l’investisseur soutient que les « paywalls » ont une raison d’être et doivent fonctionner : “The Wall Street Journal went to a pay model early. But the main exemplar for local newspapers is the Arkansas Democrat-Gazette, published by Walter Hussman, Jr. Walter also adopted a pay format early, and over the past decade his paper has retained its circulation far better than any other large paper in the country.”

En tant que dirigeant d’une publication en ligne (CFnews.net), je pense en effet qu’il existe une prime à un contenu de qualité placé d’emblée derrière un paywall. Dans ce contexte précis démarrer gratuit, puis proposer un accès « freemium » ou payant détruit de la valeur perçue chez les lecteurs. Il reste cependant de la place pour quelques expérimentations – ou innovations : “Despite Walter’s powerful example, it’s only been in the last year or so that other papers, including Berkshire’s, have explored pay arrangements. Whatever works best – and the answer is not yet clear – will be copied widely.”

On apprend dans le même temps que 7 quotidiens américains sont à vendre : le Boston Globe (appartenant au New York Times) et six titres du groupe Tribune Co (notamment  le Chicago Tribune, le Los Angeles Times, le Baltimore Sun). Acheté 1,1 milliard de dollars en 1993 par New England Media Group (filiale du New York Times), le Boston Globe ne vaudrait aujourd’hui plus rien en raison de la chute des recettes publicitaires et de la diffusion payante – le NYT ayant déjà essayé de le vendre sans succès en 2009. Rupert Murdoch regarderait dit-on le dossier, mais aurait-il un métro de retard par rapport à Warren Buffet? Ces titres maintenant en difficulté ont en effet la caractéristique d’être à la fois généralistes et à forte diffusion dans leur zone géographique.

A suivre donc…

Entreprendre dans la presse en 2012 – conférence HEC Média

Très intéressante conférence du groupement HEC Média lundi 10 décembre sur l’évolution du secteur de la presse, organisée par Patrick Moure, Jérôme Wagner et Jérôme Foucray. Autour de la table :

  • Christine Kerdellant (Groupe l’Express l’Expansion)
  • Fabrice Geurchel (Philosophie Mag, fondé en mars 2006)
  • Cédric Ciré (Webedia)
  • Louis Vaudeville – C.C et C (éditeur multimédia notamment de la série « Apocalyspse »), ex DM de Hachette; ex Marketing Mag…

Les gros acteurs historiques du print sont plombés par le dilemne du « print + web ». L’industrie est en train de se bi-polariser  entre : des acteurs agiles pure players sur le web, et des acteurs qui revendiquent le print sur des tendances sociétales.

Chez les « pure players » : Webedia a très vite créé une galaxie de sites web thématiques grand public (puretrend, puis pureshopping, puis le divertissement avec pureciné, puis le home …)

Avec succès puisqu’il monétise son audience : les sites sont gratuits et les recettes sont essentiellement publicitaires. Résultat : 20 M€ CA, 150 collaborateurs, 7 M€ d’ebitda.

Le modèle c’est de produire un flux de contenu calé sur le « territoire de marque » qui est un appât pour que l’internaute creuse dans un gros stock de contenus liés à un « annonceur ». Le secret est d’avoir sur mettre en place des outils (CMS et AdServer intégrés propriétaires) et des process pour industrialiser des opérations spéciales sur mesure  : création de contenus + fédération de communautés + événementiel (à chaque fois en devenant fan) – puis industrialiser le « sur mesure ». Un « sponsor » type : par exemple la marque l’Occitane qui voudrait communiquer sur le territoire « Provence ». Économiquement, cela permet d’avoir des contrats longs avec les marques, et des positions SEO fortes entre la marque et l’éditeur délégué.

Cédric insiste sur le fait que la barrière a l’entrée est essentiellement organisationnelle – et passe 25% de son temps à traquer les rigidités organisationnelles, techniques et … humaines ! La bataille de la productivité c’est le work flow et l’intégration (médiathèque, iconographie…), insiste Cédric.

De son côté l’internaute comprend que la pub est la contrepartie de la gratuité – avec une frontière poreuse revendiquée entre pub et contenu : c’est du brand publishing ou publi-rédactionnel ou… voir cet article de GigaOM. On s’attend à ce qu’un « rédacteur » (tous les contributeurs n’ont pas la carte de presse) publie 10 feuillets / jour soit 15.000 signes ! Malgré tout les lecteurs sentent la valeur ajoutée quand c’est un journaliste qui a fait le boulot.

Ce qui tue la valeur du contenu pour l’internaute : les « marronniers », que tout le monde parle des mêmes sujets en même temps, le « snacking » des sujets.

Cédric fait une distinction très claire entre les média de flux et les média de stock. Ces derniers considèrent le flux comme une vitrine mais ont un stratégie de constitution d’un stock de contenus que l’internaute va « attaquer » par requête – surtout via les moteurs de recherche. Le SEO est donc crucial, il faut aussi avoir une taille critique afin d' »occuper du linéaire » sur les moteurs de recherche (10 feuillets par jour…) car la bataille du référencement naturel est une bataille sémantique.

Pourquoi les sites web des journaux perdent de l’argent? Réponse de Cédric : Webedia gagne de l’argent parce qu’il n’a pas de papier – et ne considère pas qu’il est un média de flux.

Sur les nouveaux usages : la vidéo sur le web ne marche pas (sauf si préfinancée par la télé). Les tablettes : il y a 3 millions de tablettes, représentant 10% de part de marché soit  300 k pages vues / mois : c’est pour le moment trop petit pour « exister » à l’échelle requise. Le mobile (smartphone) : ca sert à recevoir des alertes uniquement, pas à lire…

Sur le financement de Webedia : fondé avec 30 K€ et… 3 ans a perdre de l’argent jusqu’au point mort – c’est un métier de coûts fixes.

Cédric revient sur ses levées de fonds. Premier tour à 1 an : « une connerie, s’est fait rincer 30% du capital », indique Cédric, qui a levé 10 M€ au total – et cherche maintenant la relution.

Le BFR pèse lourd car les clients et agences paient tard.

Le coup de gueule : au point mort atteint avec 2 M€ d’ebitda, aucune banque n’a accepté de prêter car… leurs comités de crédit ne regardent que le passé ! Cédric conseille donc fortement de sur-capitaliser pour ne pas craindre la crise de cash en période de croissance, ou de « trou d’air ».

Webedia poursuit son expansion à l’international : en Europe mais aussi au Brésil (avec des particularités locales des moteurs de recherche), la Russie, à l’étude la Turquie… toujours avec le même souci de flexibilité et d’intégration des outils (back-office multilingue, …).

En conclusion : l’industrie va vers une « démoyennisation » du web : places d' »Ad-Exchange » automatisées comme Criteo d’un côté, « sur mesure client » industrialisé de l’autre côté (Webedia). Et comme les gros acteurs historiques sont englués dans le print + web, il y a des niches a prendre entre les deux…

Philo Mag : 

A commencé en 2006 par l’échec de son numéro zéro (qui ne se voulait pas un magazine de philo mais un mag qui parle de tout avec un angle philo, un rythme speed et assez commercial)…  et un retour volontariste à la rédacgtion d’articles qui « prennent du temps ». Fabrice insiste sur le « problème qui est d’offrir une singularité » – en effet selon lui il n’y a pas de barrière à l’entrée dans la presse, donc la sincérité dans le contenu est importante et valorisée par le lecteur (qui paie).

Le titre – qui se revendique print, avec une arrivée tardive sur le web, ne vit pas sur la pub qui représente 10% du CA (bien plus en marge), mais sur ses ventes essentiellement au numéro. Le prix de vente est élèvé a 5€ – et lors de tests d’élasticité prix les meilleures ventes ont été réalisées à… 5,50€ !

En presse papier le problème c’est la distribution bien sûr mais surtout le « réglage » des 12.000 points de vente : il faut minimiser le « taux de bouillon », sans générer de pénurie! Le placement est aussi crucial : il vaut mieux être sur l’étagère à côté des suppléments du Monde qu’à côté de Psychologies Magazine.

Sur le web et les nouveaux usages : l’éditeur doit se demander en permanence « est-ce qu’on a envie de lire mon contenu sur le web? » par exemple pour un magazine comme Géo, la réponse est non. Sur le support papier on se laisse guider.

Hors série : éviter les marronniers (Fabrice cite les thèmes de Tintin, d’Hitler) mais au contraire apporter des « surprises »

Sur le financement : ancien banquier d’affaires, Fabrice a quasi-intégralement financé l’entreprise sur ses propres fonds.

Le hors média (hors pub) : oui, on commence à organiser des formations en entreprise, des salons, mais c’est un autre métier, il faut rester flexible. Ca ne représente pas encore une part substantielle de l’économie du modèle.

C. C. et C :

En production télé, la clé est le préfinancement auprès des diffuseurs qui permettent au mieux d’équilibrer le budget. Ensuite on gagne sa vie sur les diffusions ultérieures (sur 10 ans…) et sur les ventes à l’étranger.

Mais ca n’est pas suffisant pour créer un avantage compétitif. Pour C.C et C, la clé c’est notre procédé unique de colorisation qui a creusé l’écart.

Selon Louis il y a un réel potentiel pour les nouveaux usages. Notamment les tablettes qui sont déjà un « deuxième écran » simultané pour les téléspectateurs. L’idée est de diffuser en parallèle d’un programme TV un méta-programme pertinent sur la tablette (sources, textes additionnels, bibliographie, images supplémentaires, making of d’une scène …).

NDLR : l’auteur de ce billet dirigeant un pure player web, pardon à Louis du peu de place fait à son activité.

En conclusion :
Le secteur se recompose, les gros players historiques sont englués… allez-y !

 

 

Le journalisme post-industriel échappera-t-il à la médiocrité?

Une étude de la Columbia School of Journalism prédit que l’industrie de la presse (traditionnelle et en ligne) de demain verra… la qualité de l’information baisser, avant qu’un nouveau modèle qualitatif et pérenne ne voie le jour.

L’étude du Tow Center for Digital Journalism prédit entre autres :

  • l’incapacité à se transformer et la disparition en masse de la presse traditionnelle, notamment liée aux fait que les « lecteurs » sont aussi devenus « producteurs » et « éditeurs »
  • l’échec des stratégies de « paywall » des éditeurs de contenus journalistiques digitaux, remplacées par des « memberships »
  • l’automatisation de la collecte de l’information locale
  • la quasi-disparition des journalistes, liée à leur tendance à ne traiter qu’un nombre limité de sources connues, au lieu d' »agréger, filtrer et hiérarchiser des sources multiples et multicanaux ».

Sans doute un peu réductrice dans sa vision, l’étude conclut heureusement à la permanence d’une « prime à la qualité », seul espoir de survie du journaliste qui verrait sa valeur ajoutée déplacée dans une chaîne de production automatisée « from the bottom up » !

S’il est vrai que l’information devient multicanal et que les sources (particulièrement sur l’information locale) se diversifient, l’information reste aussi un métier d’expertise, de carnet d’adresses et de confiance. Sinon, gare à la manipulation digitale de la part de contacts… qu’on ne connaît ni ne vérifie !

Comment devenir viral selon McCann

Comment rendre virale une campagne corporate sur le net et les réseaux sociaux ? Un casse-tête pour les créatifs… Et leur clients entreprises, car le succès n’est pas garanti à priori.

Une jolie campagne qui a très bien marchée : « Dumb Ways To Die », réalisée par McCann pour… le métro australien.

L’auteur John Mescall affirme qu’il y a 5 facteurs-clé de viralité : la violence, le sexe, l’étonnement, le rire et un petit côté futé (« violence, sex, awesomeness, funny and cute« ). Etant donné que le sexe (cru) et la violence sont proscrits pour les campagnes corporate, et qu’une idée véritablement étonnante ne surgit pas tous les jours, reste à être drôle et futé. Et quand en plus c’est bien réalisé … Bingo.

Le titre, comme pour un blockbuster, à aussi son importance : le virus serait-il aussi actif si la campagne s’intitulait simplement « attention au train »?

 

 

Seules 29% des entreprises ont une stratégie réseaux sociaux en place

Une infographie révélatrice du site Mediabistro : si 29% des entreprises ont intégré activement les réseaux sociaux dans leur stratégie – et pas seulement de communication, 31%  disent avoir « juste commencé » et 22% « encore réfléchir »…

Alors qu’un peu de veille bien ciblée révèlera le plus souvent qu’une entreprise est déjà largement citée, et bien souvent, soit évaluée, soit… critiquée. 40% d’entre elles avouant être totalement démunies quand à la façon d’agir dans ce cas.

 

 

A quand le blog automatique?

Intéressant article dans le Monde « média » du 15 septembre sur la production automatique de contenus aux US. Une approche encore incomplète – on penserait à rajouter une surcouche de crowd wisdom. Les journalistes auraient-ils du souci à se faire? A revoir leur approche traditionnelle, certainement. Mais l’automatisation, c’est peut-être intéressant pour la veille, ou pour les intranets…

Quelques extraits de l’article en question intitulé « l’actu automatique » :

(…) L’automatisation et la centralisation s’appliquent d’abord à la collecte de l’information locale : « Prenons une ville américaine de 30 000 habitants, explique Brian Timpone, qui compte 800 ou 900 organisations – commerces, entreprises, écoles, églises, institutions municipales, associations, clubs de sport, etc. Grâce à des recherches sur le terrain et sur Internet, nous identifions les gens qui savent ce qui se passe dans chaque organisation. »

Puis Journatic les contacte pour leur demander de lui envoyer bénévolement des informations, le plus souvent possible (…)

Un peu partout, on assiste à une progression de l’automatisation des tâches des journalistes de presse écrite. Dans un autre gratte-ciel de Chicago, une équipe d’informaticiens a monté une start-up baptisée Narrative Science, qui commercialise un moteur d’intelligence artificielle très innovant, capable d’écrire en quelques secondes des milliers d’articles, notamment de sport et de finance – deux domaines où l’information existe déjà sous forme de données chiffrées lisibles par des machines.

L’un des fondateurs de Narrative Science, Kris Hammond, affirme que ses cibles prioritaires sont les grandes entreprises, mais il a aussi des clients dans la presse, notamment le magazine Forbes, et le site d’une chaîne sportive du groupe Fox. Dans les colloques, il aime répéter que, dans quinze ans, 90 % des nouvelles publiées par la presse seront générées par ordinateur : une profession qui se croyait à l’abri de la robotisation est désormais visée directement. Narrative Science a déjà des concurrents, notamment Automated Insights, une compagnie installée en Caroline du Nord.

Ces sociétés high-tech semblent très éloignées de Journatic, mais elles sont sur le même créneau : elles proposent leur remède à la crise de la presse, en lui offrant en sous-traitance des produits finis très bon marché. Elles peuvent même devenir complémentaires, si Journatic se concentre sur la première étape de la chaîne de production – collecter l’information, la structurer et la stocker dans des bases de données lisibles par des machines -, tandis que les start-up comme Narrative Science se chargeraient de la seconde – la rédaction automatique de gros volumes d’articles prêts à imprimer. 

Voir aussi sur le traitement de l’information le dilemme du « pack de lait » sur le toujours intéressant blog « Etreintes Digitales » de Catherine Beuth, ex-journaliste techno/média au Figaro et actuellement en fellowship sur le sujet à Stanford.

En attendant, ce blog est toujours rédigé par votre serviteur, en chair et en os…